Imagine le Québec Autrement All articles
Chroniques

Et si le plus beau spot du Québec était celui qu'on ne photographie pas ?

Imagine le Québec Autrement
Et si le plus beau spot du Québec était celui qu'on ne photographie pas ?

Il y a quelque chose de troublant dans la file d'attente devant un lac. Pas n'importe quel lac : le lac, celui que les algorithmes ont désigné comme incontournable, celui dont le point de vue exact — pas à trois mètres près — a été géolocalisé par des milliers de comptes avant vous. On y arrive, on fait la queue, on imite la pose, on repart. Personne n'a vu le lac. On a vu un décor confirmer une attente.

C'est la course au wow. Et elle nous épuise, elle épuise les communautés qui reçoivent, et elle épuise surtout les lieux eux-mêmes.

Le wow est une économie, et elle nous est vendue

Il faut être honnête : ce n'est pas de notre faute à nous, voyageurs. Le spectacle spectaculaire est un produit. Les offices de tourisme, les plateformes, les influenceurs — tout un écosystème a intérêt à ce qu'on courre vers les mêmes dix endroits, parce que c'est plus facile à vendre et à mesurer. Un lac silencieux où l'on reste trois heures sans rien photographier, ça ne génère aucun engagement.

Mais on peut refuser d'acheter. Et refuser le wow, ce n'est pas se priver — c'est se rendre compte qu'on s'est fait voler quelque chose depuis le début.

Une nouvelle monnaie pour mesurer un voyage

Alors, comment sait-on qu'un voyage a valu la peine, si on ne peut plus compter les likes ? Chez nous, on propose d'autres unités de mesure :

Aucune de ces choses n'est photogénique. Toutes sont inoubliables.

Le paradoxe du lieu qu'on ne partage pas

On nous objectera que c'est une position de privilégiés — de gens qui ont déjà vu les grands espaces et peuvent se permettre de les bouder. C'est une critique légitime. Mais la réponse n'est pas de démocratiser l'accès au même spot, c'est de démocratiser l'accès à une autre manière de voyager. Un week-end de marche en forêt près de chez soi, une nuit chez un producteur de fromage de Charlevoix, un trajet en train plutôt qu'en voiture : tout cela coûte souvent moins cher que le voyage-instauration moyen.

Et il y a un paradoxe délicieux : les lieux qu'on ne partage pas restent intacts. C'est peut-être ça, le vrai luxe de notre époque — un endroit que personne n'a géolocalisé parce que tout le monde a eu la décence de ne pas le faire.

Par où commencer

Pas besoin de grand plan. La prochaine fois que vous planifiez une escapade, essayez ceci : choisissez une région que vous connaissez à peine, une activité sans aucun « spot » associé, et une intention — apprendre un métier, aider un projet, écouter quelqu'un. Pas de liste de lieux à cocher. Pas de question « c'est où le meilleur point de vue ? ».

Vous serez peut-être déçu une heure ou deux. C'est le sevrage. Puis quelque chose de vieux se réveille : la capacité d'être dans un lieu sans le transformer en contenu.

Le Québec regorge de lacs, de forêts, de villages et de gens dont la valeur ne tient pas dans un cadre. Il est temps de voyager comme si on le savait.

All Articles

Related Articles

Des mains dans l'humus : partir en séjour régénératif dans les forêts du Québec

Des mains dans l'humus : partir en séjour régénératif dans les forêts du Québec

Découvrir le Québec sans clé de contact : itinéraires à pied, à vélo et en train

Découvrir le Québec sans clé de contact : itinéraires à pied, à vélo et en train

Assez couru après les lieux secrets : et si le vrai luxe, c'était de rester chez nous ?

Assez couru après les lieux secrets : et si le vrai luxe, c'était de rester chez nous ?